Demain les chats · Bernard Werber
Soudain, la pluie cesse. Les nuages s'évanouissent et le ciel s'illumine. Au-dessus de nous apparaît un demi-cercle composé de plusieurs couleurs différentes.
— C'est un arc-en-ciel : la réaction entre les rayons du soleil et l'air encore chargé d'humidité.
— C'est beau.
— Cette planète est belle. Chaque jour j'en découvre de nouvelles splendeurs.
— Tu es heureux, toi ?
— Bien sûr. Être heureux c'est apprécier ce que l'on a. Être malheureux c'est vouloir ce que l'on n'a pas. Moi j'ai tout ce que je veux.
— C'était une expérience sur les addictions. L'objectif était de comprendre le sentiment amoureux qui unit les mâles et les femelles humaines. Son étude démontre que c'est une forme d'addiction émotionnelle. L'attirance pour certains partenaires sexuels particuliers. Cela les passionne. Comment une femelle humaine peut-elle rendre folle d'amour un mâle humain ?
— En émettant les bonnes odeurs ?
— Non, en lui donnant ou pas une croquette de manière complètement aléatoire. On appelle alors cela une « femme fatale ». La récompense et l'absence de récompense, distribuées de manière irrationnelle, rendent tous les mâles complètement accros et potentiellement… fous. J'ai déduit de cette expérience qu'il ne faut jamais dépendre d'une autre personne pour être heureux. Celui qui ne possède rien n'a rien à perdre. Je n'ai qu'une peur, c'est d'être possédé. Donc je me prive de tout et je survis sans dépendre de rien ni de personne.
— Donc les hommes stupides tuent les hommes intelligents ?
— Ceux qui défendent les systèmes simples de type totalitaires ont toujours plus de succès auprès des foules que ceux qui défendent les systèmes compliqués de type démocratique. Souvent parce que leur discours est basé sur la peur. Peur de la nature, de la mort, peur d'un Dieu imaginaire omnipotent. Les religieux sont souvent contre l'art, la sexualité, la science. Ils proposent un monde où les gens ne sont plus responsables de leurs actes et n'ont qu'à obéir pour être tranquilles.
Demain les chats, Bernard Werber, 2016