Marie Minassian autrice
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Le philosophe qui n'était pas sage · Laurent Gounelle

#1

Ce que je veux dire, c'est qu'ils vivent chaque instant intensément, sans rien attendre, sans penser à ce qu'ils feront dans cinq minutes, dans une heure, ou la semaine prochaine. Quand ils regardent une fleur, ils regardent une fleur. Quand ils écoutent quelqu'un, ils écoutent quelqu'un. Quand ils mangent un ananas, ils mangent un ananas. Ils en savourent chaque bouchée en silence, en étant pleinement conscients de leurs sensations. Ils vivent profondément chaque instant. Quand ils sont en présence d'un autre, ils n'attendent pas d'être admirés ou respectés ou je ne sais quoi encore. Ils sont toujours sincères. Ils ne jugent pas les autres, et donc ne craignent pas d'être eux-mêmes jugés. Ils sont… libres.

#2

Je me suis dit qu'on allait apprendre aux mômes, dès le plus jeune âge, à être à côté de leur vie. On va les conditionner à être uniquement dans les pensées, dans le mental. On va les enfermer dans leur mental, ne s'adresser qu'au mental, ne stimuler que leur mental, et les empêcher d'utiliser autre chose que le mental. On va leur enseigner des milliards de choses au niveau mental, et on va rien leur apprendre aux autres niveaux.

C'est quoi, les autres niveaux ?

C'est apprendre à être bien dans sa peau, à l'écoute de son corps, apprendre à se connaître, à s'aimer, à avoir confiance en soi, à gérer ses émotions, apprendre à communiquer avec les autres, à les comprendre, savoir écouter, convaincre, se faire respecter, gérer les relations, résoudre ses conflits, comprendre ses peurs et aller au-delà, apprendre à apprécier la vie, à être serein… Bref, tout ce qui te permet de t'épanouir. Et non seulement on va pas leur enseigner ça, mais en plus on va les empêcher de pouvoir l'apprendre en dehors de l'école.

#3

Nous allons leur inculquer un fléau terrible. On a ébranlé leur confiance dans le monde en les abreuvant de mauvaises nouvelles. On a sapé leur confiance en eux-mêmes en les identifiant à leurs actions, leurs résultats, en les comparant entre eux. Ils n'aiment plus leur propre corps. Ils n'ont plus de liens avec la nature, plus de dieu, plus de vrais liens entre eux. Ils ont peur des autres. Ils ont perdu le bonheur de l'instant présent pour ressasser le passé et se perdre dans le futur… Maintenant que leur vie a perdu sa saveur merveilleuse, qu'ils se croient en compétition avec la terre entière, on va leur présenter une solution qu'ils vont s'empresser d'adopter. Ils vont s'y raccrocher comme un naufragé au milieu du fleuve Amazone s'agripperait à la queue rugueuse du premier caïman qui passe pour ne pas sombrer dans les eaux brunes… On va leur faire croire que de vulgaires objets ont le pouvoir d'enchanter leurs âmes embrumées.

Le philosophe qui n'était pas sage, Laurent Gounelle, 2012